Les compétences qui vont réellement distinguer les leaders dans les prochaines années ne sont pas encore celles dont on parle le plus.

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1.9.2026

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Écrit par

Maryse Shaffer

Les référentiels de compétences en gestion ne se trompent pas. Ils ne voient pas encore assez loin.

Chaque année, les grandes firmes publient leurs analyses sur les compétences d'avenir. Mercer, Randstad, DDI. Des données sérieuses, des tendances bien documentées.

Le rapport Mercer 2025 place la prise de décisions dans l'ambiguïté  parmi les compétences clés des excellents leaders. Le Workmonitor 2026 de Randstad décrit quant à lui le monde du travail comme marqué  par « a distinct contradiction ».

Ces rapports décrivent très bien le contexte. Ce qu’ils ne nomment pas encore, c’est ce qui permet réellement de traverser cette complexité. Ce qui se trouve en amont des compétences qu'ils identifient. Ce qui les rend possibles ou impossibles.

Après près de vingt ans à observer des dirigeants de l'intérieur, je remarque quelque chose que les données ne capturent pas facilement.

Chercher la bonne réponse au mauvais problème

Un dirigeant me demande parfois quel camp il devrait choisir. Réduire les coûts ou investir dans les gens. Accélérer sur l'IA ou protéger ce qui fait la valeur humaine de l'organisation. Tenir la ligne ou s'adapter.

Il cherche la bonne réponse. Il pense que si je l'aide à choisir le bon camp, le problème se résoudra.

Ce qu'il ne voit pas encore : c'est un vrai paradoxe. Et les paradoxes ne se résolvent pas. Ils se naviguent.

Les méthodes de résolution habituelles ne fonctionnent pas face à deux réalités contradictoires qui sont toutes les deux vraies en même temps. Ça demande des compétences que la plupart des référentiels actuels n'ont pas encore nommées explicitement.

Trois me semblent essentielles. Pas nouvelles dans leur essence. Mais devenues incontournables dans le monde que nous habitons maintenant, politiquement, socialement, technologiquement.

Quand c'est la peur qui passe pour du jugement

La première, c'est la métacognition. La capacité à s'observer penser. À remarquer ses propres réactions, ses angles morts, ses croyances qui opèrent en arrière-plan d'une décision.

Un leader métacognitif ne se contente pas d'analyser la situation : il s'observe en train de l'analyser. Il remarque quand c'est la peur qui guide plutôt que le jugement. Quand c'est l'habitude plutôt que la réflexion.

Certains parlent de pensée réflexive. C'est juste. Mais ça ne rend pas encore toute la profondeur de cette compétence.

La métacognition, c'est l'espace intérieur qui permet de choisir sa réponse plutôt que de la subir.

Lire la salle sans savoir qu'on y joue

La deuxième, c'est l'intelligence relationnelle — dans son sens systémique. Pas juste comprendre les autres. Comprendre comment on est soi-même un acteur du système.

Comment notre présence, nos réactions, notre état intérieur façonnent ce qui se passe autour de nous. Les leaders qui ont cette compétence lisent ce qui se joue entre les gens. Pas seulement ce que les gens disent.

Un leader sans cette lecture peut être brillant analytiquement et complètement aveugle à l'effet qu'il produit sur le système qu'il essaie de comprendre.

Il analyse la situation sans se voir dedans.

L'intelligence relationnelle systémique, c'est une forme de sagesse — difficile à mesurer, immédiatement reconnaissable quand elle est là.

Décider quand les deux camps ont raison

La troisième, c'est la capacité à naviguer les paradoxes. À tenir deux réalités contradictoires sans chercher à en éliminer une. Pas l'une ou l'autre. Les deux à la fois.

Ce n'est pas de la tolérance à l'ambiguïté passive. C'est une posture active : rester fonctionnel, orienté, décidant, même quand les réponses ne sont pas claires et peut-être ne le seront jamais.

Dans un monde où l'IA transforme les organisations, où les réalités politiques et sociales se complexifient, où cinq générations cohabitent en milieu de travail avec des attentes profondément différentes, cette compétence n'est plus un avantage. C'est un prérequis.

Nommer ce que personne n'a encore osé dire

Les grands rapports pressentent tout cela sans encore le nommer directement. Ils identifient des comportements souhaitables : décider dans l'ambiguïté, bâtir la confiance, favoriser la collaboration intergénérationnelle.

Mais ils s'arrêtent aux comportements. Ils ne descendent pas encore jusqu'aux compétences intérieures qui les rendent possibles.

C'est là que vingt ans de pratique font une différence. Ce que je vois dans la salle n'est pas toujours ce que les données peuvent mesurer. Je vois un leader qui décide vite mais qui réagit en fait à une peur non nommée. Je vois une équipe qui fonctionne mais qui manque de direction sans savoir pourquoi. Je vois des organisations qui absorbent des dynamiques que personne n'a encore osé nommer.

On parle beaucoup de ce que les leaders doivent faire. On parle peu de ce qu'ils doivent être capables de voir — en eux, entre eux, et dans les systèmes qu'ils habitent.

Ces compétences ne sont pas celles de demain. Elles sont déjà devenues nécessaires pour naviguer le présent.

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